Patrimoine


Au début du XIXème siècle, la révolution viticole permit aux paysans mussois de retrouver une certaine prospérité. Les protestants de Mus furent recensés : sur 450 habitants, ils étaient 310. C’est le premier consul Napoléon Bonaparte qui rétablira officiellement le culte protestant en signant les Articles Organiques en 1803.Dans le cadre d’une réorganisation ecclésiastique, il était prévu de céder 27 églises du Gard aux protestants, lorsqu’ils étaient majoritaires dans le village.

La chute de Napoléon Bonaparte entraîna la Restauration de la Monarchie en France. Des changements qui se répercutèrent sur la population locale, à la fois républicaine et protestante. La « Terreur Blanche » causa de nouvelles vexations contre des protestants, cependant sans commune mesure avec la sanglante répression du Roi Soleil. Les tensions s’exercèrent à Mus sur la question des lieux de culte : les catholiques souhaitaient récupérer leur église, et les protestants voulaient un temple.

L’EGLISE SAINT JEAN BAPTISTE

eglise mus

Le Prieuré simple et séculier de Mus était dédié au culte de Saint Pierre et de Saint Jean Baptiste, devant les charges de collation à l’évêque de Nîmes pour une valeur de 1200 Livres. Mus faisait partie avant 1790, de la viguerie et du diocèse de Nîmes, de l’archiprêtré d’Aimargues.

Une première église fut fondée au XIIème siècle, elle dépendait de l’abbaye de Psalmody, sise sur les terres de Saint Laurent d’Aigouze. Il est probable qu’elle fut abandonnée au moment de la Réforme, dès le XVIème siècle. A cette époque, la majorité de la population est à plus de 98% protestante. Démolie lors des guerres de religion par les troupes de gens d’armes, l’église restera en ruine durant tout le XVIIème siècle. L’évêque de Nîmes Cohon, lors de sa visite pastorale en 1659,

déplorait son état de délabrement : « […] Ayant visité l’ancienne esglise nous l’avons trouvée presque toute ruinée et de fort petite estendue ».

L’église ruinée, les quelques catholiques étaient contraints de prier dans une maison insalubre : « Nous avons visité la paroisse de Mus […] et commençant par l’inspection du lieu ou se fait le service divin que nous avons trouvé fort indécent et incommode, n’ayant pu l’aborder qu’en traversant la demeure d’un paysan […] Toutes sortes d’ornements manquent au vicaire. Lequel pour sa décharge nous a dit que le sieur Prieur, au bruit de notre visite, lui a envoyé une chasuble de damas blanc, une autre de velours noir marqué des armes de sa maison […] Et parce qu’apparemment ledit prieur voudra retirer tout ce que dessus [une fois] notre visite faite

A l’issue de sa visite, l’évêque Cohon ordonna par un procès que l’église soit rebâtie sous un an, avec l’aide de la population. Un autre procès fut engagé contre les « religionnaires » qui se servaient du cimetière et avaient annexé illégalement un terrain pour construire leur temple. Le prélat termina son récit sur cette conclusion « [que l’on donne] advis au Seigneur marquis de Calvisson de la vexation que l’on exerce contre le peu de catholiques qui sont domiciliés en ce village […] les huguenots refusant de les reconnoistre et les traitans comme estrangers […] à quoy ledit seigneur pourvoyra par son authorité sinon il sera poursuivi aux dépens du clergé». Mais ces menaces n’eurent pas d’effet car 25 ans plus tard, l’évêque Séguier constatait le même état de ruine. Ce n’est qu’à la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV que l’église sera reconstruite aux frais de la population, et sous la menace armée des Dragons du roi. Durant la guerre des Camisards en mars 1703, les troupes de Jean Cavalier entrèrent dans le village pour en incendier l’église. Ils firent une nouvelle incursion au mois de septembre suivant.

Au XVIIIème siècle, d’interminables procès opposaient le prieur au vicaire de Mus. Le point d’achoppement portait sur le montant de la pension attribuée au curé, jugée insuffisante par rapport à ce que touchait le prieur: lorsque l’évêché percevait 1000 Livres de collation, le curé local n’en recevait que 200. Il s’agit là de la fameuse « portion congrue » que l’on attribuait aux simples curés de villages. Engagé en 1643, le procès n’était toujours pas réglé en 1774 !

A la Révolution, le prieur et curé Paul Valladier doit prêter serment constitutionnel. Ce dernier desservait en 1799 les offices de Mus, Codognan, Aigues Vives, Gallargues et Vergèze.

En 1803, L’église catholique fut affectée au culte protestant, conformément aux Articles Organiques décrétés par Napoléon Bonaparte. Mais cette situation ne dura qu’une quinzaine d’années. A la Restauration, les pressions du maire Coutel et de l’évêque auprès du Préfet permirent la restitution de l’église à la communauté catholique. Nous étions en 1815, le maire avait intimé l’ordre au diacre protestant « sous les plus grandes menaces en cas de refus » de restituer la clef de l’édifice religieux. Celui-ci, effrayé, s’exécuta immédiatement sans en avertir son autorité hiérarchique. Il était désormais impossible de faire marche arrière, malgré de vives protestations auprès du ministre. Le clergé catholique s’opposa définitivement à toute restitution.

Elle dispose d’une nef voûtée en berceau, l’intérieur est de style roman, tandis que le portail est néoclassique

 

LE TEMPLE PROTESTANT

Temple Mus

Le temple actuel a été construit à partir de 1820, comme nous allons le voir à la suite de ce récit.

Mais tout d’abord, un premier temple existait au XVIIème siècle. Ce dernier avait fait l’objet d’un procès intenté par l’évêque Cohon en 1659, qui reprochait à la communauté mussoise d’avoir spolié un terrain pour le construire. Il fut démoli aux frais de la population en 1685, après la révocation de l’édit de Nantes. A l’heure des assemblées clandestines, les fidèles huguenots se rendaient à leurs risques et périls dans des grottes et des lieux reculés entre Vergèze, Mus et Boissières. Si les participants risquaient leur vie entre 1685 et 1730, ils continuaient de payer de fortes amendes quelques décennies plus tard. En 1746 les Nouveaux Convertis de Mus, ainsi que ceux des villages voisins, furent contraints de verser communément 700 livres, soit la valeur de deux années et demie de travail pour un paysan. Ils avaient été dénoncés par des témoins qui les avaient vu se réunir dans les bois dit de Planchon.

Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, l’église saint Jean Baptiste servit de temple au début du XIXème siècle. Sa restitution à la communauté catholique entraînait pour les protestants la perte de leur lieu de culte. La population signa en 1816 une pétition pour que l’on construise un nouveau temple. Face à une situation tendue entre les deux communautés religieuses, le ministre des Cultes soutint la construction d’un nouvel édifice. Le gouvernement apporterait une subvention de 4000frs, le reste serait à la charge de la communauté concernée. Le devis, établi par le maçon Jacques Daudé,s’élevait à 8570frs. Les habitants se cotisèrent en fonction de leurs moyens : certains étaient près à concéder 500 francs, d’autres, moins fortunés, souvent illettrés, ne pouvaient apporter que trois francs (cette somme représentait alors plusieurs journées de travail pour un paysan pauvre).

C’est ainsi que fut construit peu à peu le temple de Mus, après maintes tribulations. Le gros œuvre fut réalisé en 1820, le culte pu s’y tenir dès l’année suivante, même si les travaux n’étaient pas finis. Le pavé de l’édifice fut réalisé 10 ans plus tard et le devis initial largement dépassé. La rampe de la chaire fut placée en 1862, et le clocher en 1868. Une épitaphe est inscrite sur la cloche : « J’ai commencé à appeler les fidèles à la prière sous l’administration de Mr Galibert, maire, et le ministère de M. Barry, pasteur. »

PATRIMOINE VERNACULAIRE : Monument aux morts

Monument aux morts

 

SOURCES
-353 communes du Gard, par Dominique Garrel. -Base de données Internet -Quelques Pages de l’Histoire de Mus, par Pierre FANGUIN -Entretiens avec Pierre Fanguin, Professeur agrégé d’histoire.
PHOTOS
– P.Galibert, Guilhem Atger.
REDACTEUR
– G. Atger.